Je ne l'ai connu que sur la fin de sa vie, mais assez pour apprendre son histoire , somme toute banale.
Toute de noir vétue, elle faisait chaque jour, toujours à la même heure, 6 heures du soir, une halte au pied du Monument aux Morts de notre ville.
Et elle se recueillait, pas plus de 5 minutes, jamais sans un geste, sans un murmure, sans même un tremblement des lèvres ; tout juste si d'une main petite et osseuse remontait-elle une mèche grise qui lui barrait les yeux.
Puis repartait dans son petit logis avec pour objectif de revenir le lendemain.
Et ainsi, depuis 51 ans elle faisait chaque jour ce pélerinage vers celui qu'elle n'avait jamais revu.
Son mari, fantassin colonial était tombé un jour de 1917 dans la Somme et depuis la fin de la Grande Guerre, après avoir arpenté et perdu sa jeunesse sur les cimetières militaires à chercher en vain la Croix de son aimé, elle se recueillait, comme sur sa tombe, au pied du Monument aux Morts.
Elle s'était dit une fois pour toute que c'est là qu'il reposait.
Dans notre ville, pour tous, c'était la Femme du Soldat Inconnu.
A. Girod - 30/04/2004

