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Qui est-il ?

Hommage à un Capitaine ...

Paulo, membre du groupe LC-ED, nous présente la biographie du Capitaine Louis FILLON, personnage qui a animé les débats pendant quelques temps sur la liste LC-ED.

 

Pourquoi le Capitaine FILLON ?

Deux raisons nous ont amenés à nous intéresser au cas du Capitaine Louis FILLON.

D'une part, nous nous sommes, pendant un certain temps, demandés où était inhumé ce Capitaine car bien que son nom soit mentionné sur le registre de la Nécropole de Saulcy, aucune plaque n'était apposée sur la croix de sa tombe (N°1406). C'était donc un mystère supplémentaire à élucider dans cette énigme. A quel emplacement pouvait-il avoir été inhumé ? Pourquoi cette absence de plaque sur la tombe censée être la tombe N°1406 ?

D'autre part, il se trouve que la tombe N°1406 se situe immédiatement après celle de notre Inconnu. Et si les deux hommes faisaient partie du même régiment ? En effet, cette hypothèse est plausible puisqu'il n'est pas rare en observant la numérotation dans l'ordre des tombes, de constater que plusieurs noms successifs appartenaient à la même unité.

Maintenant, l'énigme a progressé et toutes ces questions ont eu leur réponse. La Direction des Anciens Combattants de Metz nous a appris que le Capitaine FILLON reposait bien en tombe N°1406 mais que sa plaque de tombe faisait l'objet d'un remplacement ce qui expliquait son absence. Par ailleurs, l'hypothèse d'une appartenance à un même régiment semble très peu probable puisque nous savons que l'Inconnu a été transféré à Saulcy en 1947 en provenance de Domptail et le Capitaine FILLON en 1996 en provenance de La Croix-aux-Mines. Cette date d'exhumation tardive nous a d'ailleurs fait penser que ce pauvre Capitaine n'a probablement jamais eu de plaque de tombe.

Il nous est donc apparu normal de rendre hommage à ce Capitaine qui fait partie intégrante de l'énigme.

Son parcours

Louis Casimir Hippolyte FILLON nait le 21 Juillet 1877 à quatre heures du soir à Quissac dans le département du Gard.
Son père, Hippolyte FILLON âgé de vingt-six ans, et sa mère, Léonie Louise RANDON âgée de vingt-deux ans, sont tous deux instituteurs publics.
A 14 ans, il a le malheur de perdre son père, le 21 Juillet 1891 à Saint-Hippolyte-du-Fort dans le département du Gard.

Le 26 Octobre 1897, Louis pousse la grande porte de la mairie de Versailles afin de s'engager pendant 3 ans pour servir dans l'armée française. Il est âgé de 20 ans et 4 mois.
Il a été admis à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr sous le numéro 454. Il mesure 1m63, son visage est de forme ovale, il a un front découvert, son nez est long, sa bouche est moyenne, son menton est aigü. Il est brun et ses yeux sont gris-bleus.
Le Général de brigade MAILLARD, commandant de l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, lui délivre un certificat qui constate que Louis n'est atteint d'aucune infirmité, qu'il a la taille et les autres qualités requises pour servir dans l'armée française.
Ainsi commence la formation de Louis Casimir Hippolyte FILLON pour devenir officier dans l'armée française.

10 mois après s'être engagé, il devient soldat de 1° classe le 25 Août 1898.
7 mois et 4 jours après, il devient Caporal le 28 Mars 1899.
Enfin, 6 mois et 8 jours après avoir été nommé caporal, il intègre le 40° Régiment d'Infanterie avec le grade de Sous-Lieutenant, le 1er Octobre 1899.
Il y restera pendant 10 mois et 8 jours, et le 8 Août 1900 il est muté au Régiment d'Infanterie de marche qui fera parti du corps expéditionnaire de Chine du 14 Août 1900 au 18 Septembre 1901.
Il participera à 3 combats :

Pour cette campagne, il reçoit une décoration française, la médaille nationale commémorative de l'expédition de Chine 1900-1901, d'une part ; et une décoration étrangère, chevalier de l'ordre du Dragon de l'Annam (décision présidentielle du 13 janvier 1902) d'autre part.
Le 19 Septembre 1901, Louis FILLON réintègre le 40° Régiment d'Infanterie.
Le 1er Octobre 1901, il est promu au grade de Lieutenant au 40 RI.

Le 4 Décembre 1901, le ministre de la guerre, par délégation, autorise le Lieutenant FILLON à se marier.
Ce mariage a lieu le 25 Février 1902 à 10 heures du matin.

Le Lieutenant FILLON s'unit avec Mademoiselle Amélie Joséphine Eugénie FEVRIER née le 10 Mars 1880 à Saint-Hippolyte-du-Fort dans le département du Gard.

Elle est la fille de Raymond FEVRIER, pasteur de l'église réformée âgé de 47 ans, et de Louise Alphonsine JOURNET âgée de 43 ans.
Parmi les 4 témoins, il y a Marie Louise FEVRIER âgée de 22 ans, soeur de la future, ainsi que Benjamin MOURRE, Capitaine de 45 ans au 40°RI.

Du 1er au 6 Décembre 1907, il se rend à Marseille pour y subir l'examen de l'école de guerre.
Du 8 au 15 Mars 1908, il se trouve à Paris pour passer les épreuves orales de l'école de guerre.
Du 23 Avril au 15 Mai 1911, il effectue un stage au 7° régiment de Génie pour suivre les cours des travaux de campagne.
Au 31 Décembre 1911, le Lieutenant FILLON a 3 enfants.

Voici ce qu'écrit le Colonel DURAND à son sujet en 1911 :
"Officier remarquable à tous les points de vue. Travaillant sans relâche, très instruit, très intelligent et très consciencieux. C'est un dévoué par excellence, qui accepte, le sourire aux lèvres, toutes les corvées, toutes les missions. Comme chef de section de mitrailleuses il est hors ligne, impeccable dans la manoeuvre, commandant avec le plus grand calme, faisant preuve d'initiative et de coup d'oeil. Dans une récente manoeuvre, a été chaudement félicité par le général commandant le corps d'armée, qui avait plus spécialement suivi de près ses évolutions. Officier d'une haute valeur."

Et encore :
"Toujours le même brillant officier aux manoeuvres, ou le commandement de la 1° Section de mitrailleuses lui a permis de montrer ses réelles qualités. Coup d'oeil sur le terrain - initiative - vive intelligence - esprit de décisions - quoique jeune, a un passé militaire - a fait la campagne de Chine, où le Général BAILLOUD l'avait distingué et placé à son état-major.
Cet officier général l'a noté de la façon suivante : ' Le sous-lieutenant FILLON a été employé à l'état-major de la brigade du 22 Octobre au 9 Février 1901. Pendant cette période cet officier a fait preuve de beaucoup d'intelligence et de zèle dans le service du bureau et de beaucoup d'entrain et d'allant et de bravoure dans le service extérieur. Lors de la colonne du sud du 19 au 22 Décembre 1900, il a été à plusieurs reprises, et exactement le 14, au combat de Puri-Kiao-Tchouang et le 15 au combat de Oui-Pé, très sérieusement exposé au feu de l'ennemi, au cours de reconnaissances qu'il avait reçu l'ordre d'exécuter et qu'il a menées avec courage et sang-froid.'
Candidat de choix, proposé pour l'avancement. Est dans des convictions qui méritent d'attirer l'attention du commandement.
Très entraîné aux exercices physiques."

Toujours le Colonel DURAND en 1912 :
"Confirmation des notes élogieuses qu'il mérite. Commande une section de mitrailleuses. Officier d'élite. Inscrit au tableau d'avancement pour Capitaine.
Cet officier continue à mériter les notes les plus élogieuses. Il est devenu un chef remarquable de section de mitrailleuses. Va passer Capitaine au choix. Fera un très bon Capitaine. Très entraîné aux sports. Officier de valeur et d'avenir.
Signé: DURAND, Nîmes, le 10 Octobre 1912."

Le 3 Novembre 1912, il se rend à Marseille pour passer les épreuves d'admission à l'école de guerre.
Le 23 Décembre 1912, il rejoint le 133° Régiment d'Infanterie avec le grade de Capitaine.

C'est au tour du Colonel DUTREUIL de noter le Capitaine FILLON :
"Jeune Capitaine arrivé depuis peu de temps au corps et qui, dès son arrivée a produit la meilleure impression. Actif, intelligent, plein de gaité et d'entrain, très désireux de bien faire, le Capitaine FILLON promet de devenir un excellent Commandant de Compagnie lorsqu'il aura acquis l'expérience voulue dans ses nouvelles fonctions. Belley, le 10 Avril 1913".

"Le Capitaine FILLON s'affirme comme devant être un excellent commandant de Compagnie, intelligent, instruit, d'un caractère calme et pondéré, il apporte beaucoup de zèle et de conscience dans le service. Il s'occupe de ses hommes, et dirige bien les cadres sur lesquels il a su prendre de l'influence. Il a très bien commandé sa compagnie sur le terrain, ayant du coup d'oeil et de l'initiative. C'est un officier qui justifie en tous points le choix dont il a été l'objet. Belley, le 26 Septembre 1913."

Le général BOË, commandant la 82° Brigade d'Infanterie, écrit le 1er Octobre 1913 :
"S'affirme comme devant faire un excellent commandant de Compagnie. Justifie l'avancement au choix dont il a été l'objet en Décembre dernier."

Du 7 Janvier 1913 au 1er Août 1914, le Capitaine FILLON et sa compagnie se trouvent à Pierre Chatel.
Le 31 Juillet 1914, le colonel DUTREUIL reçoit du ministre le télégramme "Faites partir vos troupes de couverture".
Le 1er Août, le Capitaine FILLON commandant la 1° Compagnie du 1° Bataillon (commandant FALCONNET) du 133° RI part à 21h21.
Le 2 Août 1914, c'est la mobilisation générale.
Le 2 Septembre 1914 à 14 heures, le Capitaine FILLON tombe mortellement sur le champ de bataille dans les Vosges, tué aux combats du col des Journaux, commune de la Croix-aux-Mines (avis ministériel n°5391B du 4 Octobre 1914).

L'avis de décès est rédigé par le Lieutenant Léon Félicien GUILLEMIN, les témoins sont :
- le Sous-Lieutenant Joanny FARGEAT
- le Soldat de 2° Classe Jean Baptiste DIDIER
Tous deux appartenant au 133° Régiment d'Infanterie.

Le 23 Octobre 1996, le corps du Capitaine FILLON est transféré à la Nécropole Nationale de Saulcy-sur-Meurthe en provenance du cimetière de La Croix-aux-Mines.

En 2004, un groupe sur internet s'intéresse à la tombe 1405 de cette Nécropole. Tombe voisine de celle du Capitaine FILLON ...

Les documents disponibles sur le Capitaine FILLON

Cette biographie a été réalisée grâce à divers documents collectés pour l'essentiel à l'ancien S.H.A.T de Vincennes. Pour des raisons de stockage, ils ne sont pas en ligne mais peuvent être communiqués sur simple demande et sont disponibles en format papier ou en version numérique. Le dossier comprend 27 pages :

P.E. Picot - 19/09/2004