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Qui est-il ?

Les exhumations du Mont Cornillet

L'histoire peu ordinaire, lors du premier conflit mondial, de ces soldats allemands qui se retrouvèrent véritablement pris au piège au sein de la montagne ...

 

Retour en arrière

En Champagne, sur l'ensemble du massif de Moronvilliers, le matin du 20 mai, la préparation d'artillerie secoue la terre et bouleverse les lignes ennemies d'où part alors une réponse vigoureuse de feu et d'acier. Ce déferlement d'obus de tous calibres doit mettre fin à la résistance allemande qui, alors que débutent les tirs meurtriers, se terre dans un tunnel inexpugnable, véritable place forte qui abrite dans ses galeries quatre bataillons allemands.

Depuis le 17 avril, le Mont Cornillet, un des 7 monts champenois avec les monts Blond, Haut, Perthois, le Casque, le Téton et le Sans Nom, est l'objet de bombardements et d'assauts incessants qui ont coûté la vie à des milliers de fantassins français. Seule la conquête de ce mont qui culmine à 209 mètres doit permettre de venir à bout des défenses ennemies installées dans les moindres replis du massif.

Dans l'après midi du 20 mai, un soldat allemand se rend, suivi d'un détachement dont les hommes hagards déclarent que le tunnel du Cornillet est envahi par les gaz.
Vers 16 heures 30, faisant fi du barrage d'artillerie, les soldats du 1er Zouaves, commandé par Le Lieutenant-Colonel Poirel, après avoir dévalé les pentes nord du Cornillet et « nettoyé » le terrain, découvrent que toutes les entrées du tunnel sont introuvables, obstruées sous les effets du bombardement.
Dans la nuit, quelques allemands sont fait prisonniers alors qu'ils sortent d'une excavation, dévoilant l'existence de l'entrée principale du tunnel ... Leurs explications apportent quelques éléments supplémentaires sur l'état du tunnel.
Dans la matinée, un obus français de 400 mm a détruit une cheminée d'aération de la galerie principale et provoqué l'effondrement du tunnel ; des obus à gaz sont tombés sur les entrées. Il semble que la garnison ait péri asphyxiée, emmurée dans le dédale de couloirs et chambrées.

Les premières troupes qui pénètrent dans le tunnel découvrent un spectacle d'horreur. Un amoncellement de cadavres s'offre à leurs yeux et, malgré le danger, officiers et soldats s'aventurent dans les couloirs ; les fantassins allemands, pour s'échapper se sont précipités vers les sorties éboulées et sont morts, asphyxiés, les uns sur les autres aux extrémités des galeries. Un officier estime les pertes allemandes à plus de 600 soldats.
Ne connaissant exactement l'étendue des galeries, les troupes d'assaut délaissent alors le Cornillet et l'entrée dégagée est murée.
Tout autour du Mont, les combats continuent et les troupes françaises ont fort à faire avec une armée allemande dont la perte de la forteresse ne ralentit pas les ardeurs.

Quand le front se déplace lors de l'offensive du 15 juillet 1918, les armées françaises abandonnent les Monts de Champagne non sans avoir fait sauter le tunnel du Cornillet qui appartient désormais à l'Histoire.

Près de 60 ans après ...

Juin 1973

Des ouvriers du secteur d'état civil militaire de Châlons-sur-Marne découvrent l'orifice d'une bouche d'aération du tunnel du Mont Cornillet. En élargissant cette ouverture ils parviennent à descendre et débouchent 12 mètres en dessous, dans la galerie du versant sud du Mont et découvrent d'innombrables ossements, de l'armement, du matériel ...

Septembre 1973

Alertées, les autorités allemandes prospectent à leur tour le tunnel où subsistent armes, munitions et les restes mortels des soldats qui n'ont pas été extraits de leur linceul de terre et de pierres lors de premières fouilles en 1933 ; à cette époque, des émanations de gaz provenant de fûts d'ypérite en mauvais état et une certaine tension internationale avaient mis fin prématurément aux exhumations.

Les opérations de fouilles au Mont Cornillet
Conservation des restes mortels dans des boîtes en plastique avant inhumation dans les cimetières des environs

Juillet 1974

35 sapeurs allemands du Régiment d'Instruction du Génie de Kehl fouillent le Mont Cornillet. Un matériel important est loué sur place et l'armée française prête de gros engins de dégagement : sauterelle, bulldozer, excavatrice ...

Une centaine de squelettes sont dégagés et extraits des décombres ; malheureusement, les galeries ayant été pillées, seuls 20 corps sont identifiés. Les sapeurs allemands, épaulés par des volontaires de l'armée française, s'attaquent à une galerie où sont supposés se trouver les corps de quinze officiers.

Le temps presse. Fin août, les tirs d'entraînement de l'artillerie doivent reprendre sur le territoire des camps marnais.
Lorsque les fouilles cessent, 241 corps ont été sortis des deux premières galeries, totalement dégagées ; le dégagement de la troisième est à moitié entrepris. Ces soldats allemands du 476è RI Wurtenburgeois n'avaient guère plus de dix neuf ans et étaient des « bleus » ignorant tout des atrocités de la guerre.

Avant de quitter le site, les autorités allemandes et françaises assistent à une émouvante cérémonie devant les cercueils contenant les dépouilles des soldats allemands de 1917.

Juin 1975

Sous le Cornillet, les fouilles reprennent ; 25 sapeurs du Régiment d'Instruction du Génie de Munich et onze militaires français du 33è Génie stationné à Kehl poursuivent le dégagement de la troisième galerie où ils espèrent retrouver trace des quinze officiers supposés être en réunion lors de l'éboulement du tunnel.
La découverte des premiers squelettes a pris de longues heures de fouilles dans les gravats, les éboulements ; c'est au prix d'énormes efforts que les militaires parviennent à la salle de briefing. Ils ont vite fait de se rendre compte que le tunnel, véritable cimetière souterrain, a été profané et que les restes mortels ont été dépouillés de tout objet permettant leur identification.
Au total, 80 corps sont extraits de cette dernière galerie et avec recueillement placés dans des caissons en plastique en attendant leur inhumation définitive.
Le total des exhumations représente 321 corps.

Ils seront inhumés dans le cimetière militaire de Warmeriville.

A. Girod - 18/04/2005 et photos parues dans le journal l'Union