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Qui est-il ?

Les inconnus de Sainte-Marie-à-Py

Quelle ne fut pas la surprise de cet agriculteur marnais, le 21 octobre 2004, lorsqu'il découvrit les restes mortels de soldats de la Grande Guerre alors qu'il était occupé aux travaux des champs quotidiens ...

 

Une découverte surprenante

La secousse attire l'attention de l'agriculteur, lorsque le soc de la charrue raccroche la masse informe. Curieux, l'homme descend de l'engin et se dirige vers l'arrière de son attelage. Sous la machine, extirpé par un des socs, un empennage de bombe émerge de la terre marneuse.

La surprise est grande même si ce genre de trouvaille est monnaie courante ; la découverte est d'importance et la taille de l'engin présume un danger dont il ne faut pas minimiser l'importance.

Sans tarder, l'agriculteur alerte les services de déminage de la Protection civile de Châlons-en-Champagne et c'est le début d'une histoire passionnante.

L'intervention

Les agents spécialisés du déminage, en extrayant cette bombe de 240 de tranchée, mettent à jour un casque Adrian et un crâne. En poursuivant leur fouille, ils sortent de terre les ossements complets d'un squelette, puis d'un second autour desquels ils découvrent baïonnettes, fusils, boucles de ceinturon, porte monnaie et pièces, morceaux de capotes.

Baïonnette
Porte monnaie et pièces

Qui peuvent être ces soldats dont les corps restent en terre marnaise, à quelques centaines de mètres de l'endroit où s'élevait, jusqu'en 1915 la Ferme de Navarin dont le nom fut maintes et maintes fois écrit dans les communiqués militaires ? Fantassins tombés là lors de l'offensive du 25 septembre 1915 ? Corps inhumés au lendemain d'un combat, rassemblés là par des camarades d'infortune et oubliés la Paix revenue ?

Le service des Sépultures de Metz est alerté ainsi que le Maire de la commune et la Gendarmerie qui supervise et assiste aux fouilles.

Un véritable trésor

Le lendemain, les agents du service des Sépultures de Suippes poursuivent les recherches et sortent de la craie 3 autres corps de soldats dont un allemand, reconnaissable à sa plaque de ceinturon gravée des mots « gott mit uns ». Avec les ossements, bien conservés dans le sol crayeux, un véritable trésor est mis à jour : alliances, briquets, crayons, bidons, fiole d'alcool de menthe, grenades et mousqueton Lebel-Berthier (qui équipaient l'artillerie et le Génie) godillots à clous, montres ... mais pas de plaques d'identité dont étaient pourvus les soldats de la Grande Guerre.

Fiole d'alcool de menthe et ossements

Les restes mortels sont placés dans de petits cercueils ; dans l'attente de l'identification des soldats, ils sont conservés à Suippes dans les services de l'Equipe des Sépultures chargée de l'entretien des Nécropoles Nationales.

Quelles sont les chances d'identification 80 ou 90 après de ces 5 corps ? Minimes mais pas à écarter. Dans les papiers trouvés, un nom, une adresse, une lettre, une gravure sur une montre (à gousset, les montres bracelets étaient peu courantes) un numéro matricule, des initiales sur une alliance, peuvent mettre sur la voie.

Si aucun indice ne permet de mettre un nom sur ces squelettes, ils seront inhumés dans un ossuaire du département et le squelette allemand ira rejoindre ses camarades dans un cimetière allemand proche.

Une semaine passe ; et le service des Sépultures messin annonce que les corps n'ont pu être identifiés faute d'indice probant. L'alliance retrouvée n'était pas gravée et les autres objets n'ont rien apporté. Ils seront inhumés dans l'ossuaire de la Nécropole Nationale de Sommepy-Tahure qui renferme déjà plus de 700 corps non-identifiés.

Les objets retrouvés, conservés à la Gendarmerie, seront partagés entre les Musées 14/18 de Sommepy et Souain.

A. Girod - 30/10/2004 et photos parues dans le journal l'Union