CROUSILLAT Séverin Lucien
Acte de naissance
Transcription de décès
Biographie retracée par C. Dubost
Employé de commerce.
Fils de Jacques Lucien et Madeleine Antoinette COLOMBARD, né le vendredi 1er juillet
1892 à Salon-de-Provence, décédé le vendredi 25 septembre 1914 à Sainte-Barbe (88) à l'âge de 22 ans.
Le poilu.
De la classe 1912, portant le numéro matricule 5624 au
recrutement de Marseille N°1513, Séverin meurt ‘’Tué à l’ennemi’’ au
Champ d'Honneur le 25 septembre 1914 à 10 heures du matin, à l'âge de
22 ans, sur le champ de bataille de Ste-Barbe, arrondissement
d'Epinal, commune de Rambervilliers, dans les Vosges. Son corps est
restitué à la famille le 14 janvier 1922. A titre indicatif, Séverin
est le seul Crousillat mort au cours de cette guerre.
Sainte Barbe :
Ce village, entouré de forêts, se situe dans le
département des Vosges, au centre d’un triangle constitué par les
villes de Baccarat, Raon l’Etape et Rambervillers, à une trentaine de
kilomètres au Sud-est de Lunéville et à une quarantaine au Nord-est
d’Epinal.
Le début de la guerre est très mouvementé par la rapidité des
changements dans les théâtres de batailles. Au cours de la dixième
semaine, ‘’L’Illustration’’ indique qu’à l’extrême aile droite de nos
armées, région de Lunéville, etc. et chaîne des Vosges, le plus grand
mystère règne sur ce qui s’y passe. ‘’Situation inchangée’’, se
bornent à dire les communiqués, mais nous ne savons rien de la
situation à laquelle fait allusion ce mot ‘’inchangée’’.
Maîtres de Luneville et de toute la région, les régiments allemands
s’avancent le 24 août 1914, en rangs serrés ; ils ont traversé la
rivière Meurthe, grossie de la Mortagne (à Lunéville) et se dirigent
vers la Moselle où ils sont stoppés. Une lutte tenace et héroïque a
assuré la sécurité de notre sol et celle de l’aile droite de notre
grande armée ; elle n’a pas été sans de douloureux sacrifices.
La plaine d’Alsace a été de nouveau le témoin de la lutte : ‘’des
tertres modestes ou immenses jalonnent son sol, une baïonnette ou un
képi, un drapeau ou une grossière croix de bois arrêtent le regard du
passant et la charrue du paysan ; les branches des arbres sont
déchiquetées, les obus ont creusé leurs ‘’marmites’’ et, le long de
la route, les tombes portent des fleurs. Suivez la vallée de la
Meurthe, tous les villages sont des victimes du feu : Raon-l’Etape,
Baccarat, etc. Traversez la Mortagne… à Rambervillers, Gerbeviller,
etc. C’est la même vision : églises et maisons pillées, détruites,
éventrées et brûlées.
Séverin était l’un des nombreux soldats qui veillait aux avant-postes
des Vosges pour ‘’couvrir’’ la mobilisation générale qui avait été
décrétée le 1er août 1914. La devise était : « On ne passe pas ! ».
Le Petit Régional du 18 février 1922
Le Petit Régional, journal local de Salon-de-Provence, du 18 février
1922 relate ses obsèques sous le titre "Nos Morts Glorieux" :
‘’Ce jour, à 1h30, ont lieu les obsèques de nos regrettés citoyens tombés
au champ d'honneur. Crousillat Séverin et Chaffart Marcel, tous deux
du 159ème d'Infanterie’’. Une nombreuse assistance suivait le convoi
funèbre ; M. le maire et le conseil municipal, les sociétés locales,
les pupilles de la Nation et les directeurs d'écoles étaient
présents. Après l'absoute donnée en l'église St-Michel, le long
cortège s'est dirigé au cimetière St-Roch où la foule émue est venue
rendre un dernier hommage aux glorieux défenseurs du Pays. Et le
journal conclut son article par ces mots : ‘’Nous prions les familles
de ces enfants de Salon d'agréer l'assurance de notre sympathie et de
nos condoléances’’.
Le Petit Régional du 25 février 1922
Le 25 février suivant, par l'intermédiaire du même journal, Mr et Mme
Lucien Crousillat et leur famille remercient sincèrement le Clergé,
la Municipalité, le personnel enseignant, les sociétés Salonaises et
la population pour les marques de sympathie qui leur ont été
prodiguées à l'occasion du transfert du corps de leur fils regretté,
Séverin.
Le Petit Régional du 11 Mars 1922
Le Petit Régional du 11 mars écrit :
‘’Séverin Crousillat, soldat au
159ème Régiment d'Infanterie Alpine, Croix de Guerre et Médaille
Militaire, mort au champ d'honneur, né à Salon le 1er juillet 1892,
est employé de commerce chez M. Pélissier-Barbier, négociant,
lorsqu'il est appelé avec sa classe de 1912. La mobilisation
l'appelle dans ce glorieux régiment de Briançon où il part pour les
Vosges. C'est dans cette région qu'il est mortellement atteint.
Nous
publions ici une lettre qu'il a écrite à ses parents ; le jeune
Crousillat avait comme un pressentiment de sa mort et préparait sa
famille à une douloureuse séparation. Nous nous inclinons devant
cette glorieuse victime de la guerre et nous prions l'estimée famille
Crousillat d'agréer l'assurance de notre sympathie’’.
Briançon, le 16 août 1914.
Mes chers parents,
Au moment où je vous écris, il me semble vous voir dans quel point de
désolation vous vous trouvez. Je comprends très bien qu'il doit être
très dur à tous les pères et mères de voir disparaître leurs enfants
à l'âge de 20 ans, alors qu'à cet âge-là tout bon fils peut procurer
à ses parents tout le bonheur qu'ils méritent en récompense de la
peine et des soins qu'ils ont pris à leur élévation et à les
maintenir dans le rang d'honnête homme.
Pour ma part, chers parents, je ne crois pas avoir été un mauvais
fils. Je ne dis pas qu'étant plus jeune je ne vous ai pas fait faire
du mauvais sang au sujet de mon avenir. Mal conseillé par de mauvais
camarades, je vous avais causé des ennuis, mais venu à l'âge de seize
ans, âge où j'ai commencé à travailler, je crois vous avoir donné
satisfaction jusqu'à mon départ pour le service.
Le service m'ayant encore plus transformé, je me suis toujours promis
à mon tour, de faire tout le possible pour participer à une grande
part de votre bonheur.
Aujourd'hui le destin cherche à démolir toutes ces belles espérances.
Je pars avec l'espoir de retourner, mais si le contraire se
produisait, je vous demande pardon de toutes les peines que je vous
ai causées et consolez-vous en pensant que je suis mort au champ
d'honneur !
Recevez, chers parents, les meilleures et peut-être les dernières
caresses de votre fils.
Séverin.
A la suite de cette lettre, l'article de M. Ménage se termine ainsi :
‘’Votre fils, Monsieur, est mort glorieusement et a donné chèrement
sa vie car à côté de lui, il y avait au moins 80 cartouches de
tirées’’.
La Chapelle du Calvaire
A Salon, son nom est gravé, avec ceux, qui comme lui sont "tombés",
en trois lieux :
- sur un des blocs de pierre du Monument aux Morts
situé au cimetière St-Roch de Salon. Le 1er novembre 1925 est
effectué le transfert des corps des soldats dans le caveau du
Monument qui est inauguré le 11 novembre suivant ;
- sur une plaque
de marbre apposée au mur de la première chapelle du choeur de la
collégiale St-Laurent, dite "chapelle du Calvaire". Ce panneau, pour
"le monument aux morts de la guerre", a été réalisé à la suite d'une
souscription qui a rapporté 9671 francs. Parmi les souscripteurs,
figurent Joseph Crousillat entrepreneur, qui a donné 50 francs le 10
mars 1923 et le 21 avril suivant un autre Crousillat, non identifié,
donne 3 francs ;
- sur un panneau mural constitué de bois et de métal
couleur cuivre, fixé dans le hall d'accueil de la mairie. L'œuvre est
gravée au burin par le sculpteur salonais Raymond Garnier.